Jean-Patrice Rozand

En disposant ses panneaux de métal selon des incidences subtiles, Jean-Patrice Rozand construit des pièges à lumière. Pour en déployer les nuances, en modeler la matière ou la transparence. Grâce à la maîtrise des patines, il leur confère couleur et velouté tandis qu’au fil des heures, son intensité varie, distribuant lentement les masses autour des axes constitués par la jonction des plans.
Yvain BornibusJean-Patrice Rozand - L’Angle ou le Pli
L’angle ou le pli? Dans une sculpture de Jean-Patrice Rozand, la jonction de deux plans (soudés) nous apparaît souvent comme un pli. Le pli n’est pas une ride ou une déchirure, n’est pas une crispation ou un sourire. Le pli est dessin, définition, limite: rectitude de la pensée. Il marque l’arrêt d’un plan, une butée de la lumière. Aussi, en tant qu’il fait angle, il instaure la justesse des proportions et le partage exact de l’ombre.
Frontière «impassible»? Ligne infranchissable? Mais que le temps passe, que le jour avance, le connu et l’inconnu changeront de bords et basculeront, le clair et l’obscur, le visible et l’invisible échangeront leurs places. Le pli aura fait lien.
Jean-Patrice Rozand ne travaille pas des «masses» de marbre ou de granit, il n’entame pas des blocs de matière monolithique; il déconstruit et construit, il coupe et découpe des plans qu’il assemble et semble plier comme des feuilles ; il pose, élève et déploie dans l’espace - Comme si des feuillets d’argile s’étaient coalisés, des cristallisations conjuguées, comme si des fibres s’étaient fossilisées, des nervures… et des ailes.
Et le sculpteur puise aux qualités de la peinture pour donner, au moyen des patines, couleur, chaleur, vie (et non expression) à ces panneaux de métal. À nous de saisir l’instant où la matière a réalisé son rêve ! Un élan maîtrisé mais gracieux s’accorde avec la perception de la lumière
Digne et humble victoire: l’angle développe son pavillon comme une aile solitaire.
Jean-Pascal Léger (Extrait)Nombre de ces sculptures évoquent, par leur titre, l’antiquité que je considère comme « un point d’origine des formes ». Mes lectures et mes recherches me ramènent de manière assez logiques et régulières à cette source car je suis intéressé par les mathématiques, les sciences et la persistance des mythes qui transparaissent en rhizome dans mes préoccupations et mes dessins. Il s’agit d’un lévier poétique extrémement fort qui ne me quitte pas.
Les sculptures ont toutes une histoire qui se retrouve lors de leur dessin et construction. Je note des idées, des images qui me reviennent dans un carnet. C’est l’atelier qui «cristallise» ces intuitions dans une forme, qui se révele dans un groupe de dessins qui évoluent, dont un seul finira par déclencher la mise en espace. La scultpure devient le dernier dessin en trois dimensions, et porte le nom qui lui ressemble, retrouvé dans mon carnet. Je ne trouve pas le nom de la sculpture, mais le retrouve plutôt à travers une épaisseur de temps et de travail.
J.P.R. (Extrait catalogue Exposition Orées)