Philippe Barde

CONFERENCE - SAMEDI 01 JUIN 2019 - 11H30

Philippe Barde se fera un plaisir de vous parler de son travail, ses techniques et la découverte de nouveaux supports tels que la pierre et le papier

Discussions et échanges avec l'artiste suivront autour d'un verre

RSVP par email (galerie@rosaturetsky.com)

L’artiste genevois, né en 1955, pousse depuis de nombreuses années l’expérimentation en céramique vers les limites du genre, et au-delà. Par un travail de recomposition d’éléments trouvés, il superpose les références au médium, aux traditions culturelles issues de ses voyages et aux stratégies de l’art contemporain.(…)
Dans la série récente « stone wear » il inflige aux formes Art Déco des traitements d’émaux rétractés et brûlés par la chaleur des fours selon les techniques ancestrales de l’Art du Feu oriental. Barde nous rappelle ainsi qu’entre un moulage et une empreinte photographique, la reproduction de l’environnement et de la culture touche autant l’art de la céramique, que les arts dits des nouveaux médias.

Denis Pernet

Pierres volées

Il y a plus de 20 ans, je moulais déjà des pierres. Je réfléchissais, alors, au sens de la technique et à la perception des formes. Si je reprends l’archétype de la pierre en 2017, c’est pour aller encore plus radicalement vers son origine. Les pierres ont existées bien avant la céramique . En cuisant sur des supports des pierres trouvées, j’active deux principes fondamentaux de ce médium: la mise en forme et la transformation par le feu. La forme n’est plus issue de la plasticité du matériau, mais elle est forgée par la chaleur et les lois de la gravité. Une sorte de sculpture par le feu. La lente formation de millions d’années, provenant du fortement des plaques tectoniques, est re-visitée par une cuisson de 24h. Les pierres sont transformées une seconde fois par une pensée humaine. Je re-interprète ainsi les observations faites par les premiers artisans, il y a plus de 15'000 ans. Une brève histoire de l’humanité en quelque sorte.

P.B. Dehua, Tainan, Genève 2018

Stolen Stones

Over twenty years ago, I was already making casts of rocks. Back then, I needed to think about the sense of the technique and the perception of form. If I am going back to the rock-as-archetype in 2017, I am doing so in order to explore the origin of ceramics in an even more radical manner.
Rock existed long before ceramics. By firing stones on supports, I activate two fundamental principles of this medium: transformation by fire and by form. Except that here, the form is no longer derived from the plasticity of clay, but is forged by heat and the laws of gravity. A kind of sculpture by fire. The slow formation of millions of years, caused by the friction of tectonic plates, is re-visited by a 24 hour firing. And so is transformed a second time by the human mind. In this way, I reinterpret the careful observations of the first ceramists more than 15'000 years ago. In a way, a brief history of humanity.

P.B. Dehua, Tainan, Geneva 2018

…L’attitude créative de Philippe Barde révèle des caractères typiques de nos obsessions d’aujourd’hui : la volonté d’inscrire une production entre réalité et virtualité, le soulignement de la mobilité obligatoire, l’intuition d’une mutation constante des êtres et des choses. Sa quête de contemporanéité va jusqu'à reformuler au quotidien les conditions de son travail, par une remise en question des gestes, par des fréquents délocalisations spatiales de son activité – en Hollande, au Japon récemment en Chine – afin de mieux comprendre les savoirs en vigueur, pour mieux détourner ainsi les mécanismes et préjugés inhérents à toute activité artisanale de tradition ancestrale…. L’œuvre de Philippe Barde est si concentrée à dévoyer les frontières de la nature et de l’artifice qu’elle arrive a renouer avec les permanences souterraines d’un art de suggestion – à la fois cérébral et tactile en s’opposant pourtant définitivement à la pure représentation. Autant des problématiques posées que le lien entre art et nature va toujours de soi. Preuves stimulantes également que le meilleur de l’art d’aujourd’hui est encore capable de provoquer notre émotion, de nous subjuguer.

Extraits du texte de Frédéric Bodet, P. Barde, Archétype ambigu - Musée des Arts décoratifs, Paris