Janne Lehtinen

...Les images de Janne Lehtinen rappellent la peinture classique ; les scènes des métamorphoses ne sont plus tirées d’Ovide, mais de la saga d’un artiste finlandais pour lequel les paysages emblématiques du nord de l’Europe remplacent la campagne romaine du XVIIè siècle. Lacs embrumés, lisière de forêts, étendues gelées, collines enneigées, installations trouvées et fortuites sont autant de prétextes à la composition de véritables tableaux. Janne Lehtinen défie les lois de la gravitation pour alimenter notre condition de rêveur universel. Pourquoi les artistes ont-ils des ailes?...

Didier Mouchel, catalogue d’exposition, Sacred Bird – Janne Lehtinen, 2005

La série photographique "sacred bird" du photographe finlandais Janne Lehtinen, présente un récit fictif basé sur des faits autobiographiques. Fils d'un pilote de planeur renommé, il essaye de revivre les expériences de son père. Ses nombreux efforts pour s’opposer à la force de la pesanteur ne sont jamais vains, cependant, le saut géant dans l'infini ne se produit jamais. Alors que les modèles qu'il conçoit sont d’une construction exagérée, surréaliste et impressionnante, ils sont néanmoins destinés à échouer, et restent des réinventions anachroniques, sans but, de prototypes qui ont marqué les débuts de l'aviation. Lehtinen semble exalté dans sa poursuite non seulement de sa propre histoire, mais également des origines de la recherche persistante de l'homme pour voler. Il se dépeint comme le dernier anti-héros qui persévère dans l'échec, comme un acteur tragi-comique de comédie bouffonne. L'absurdité de sa tentative est même plus saisissante quand il s’oppose aux paysages romantiques et héroïques dans lesquels il met en scène ses performances. Réminiscence du dix-huitième siècle, peintures de paysage sublime, ces environnements durs et abandonnés semblent dessiner le caractère inexorablement tourné vers le bas, plutôt que d’inspirer le décollage comme pour insister sur les contraintes matérielles de la nature humaine. Lehtinen utilise beaucoup d’images banales - dérivées de l'histoire de l’art, photographie, cinéma et mythologie - pour placer son expérience individuelle modestement dans la perspective de grands événements historiques. Dans la recherche de l’héroïsme universel de l’artiste, il crée un monde photographique dans lequel Icare rencontre Chaplin, Nadar rencontre Jules Vernes et les frères Wright rencontre De Vinci. À travers l’appropriation d’une telle imagerie collective, Lehtinen examine gaiement le degré avec lequel les icônes visuelles influencent notre image du monde, nos rêves et nos désirs.

Dossier de presse, La Château d’Eau, Galerie Municipale, Toulouse